ARÉISME


ARÉISME
ARÉISME

Le terme d’aréisme, qui signifie «sans rivière», introduit dans le vocabulaire géographique par E. de Martonne en 1926, s’applique aux régions à la surface desquelles «l’écoulement est pratiquement nul». L’absence d’écoulement a de profondes répercussions sur l’évolution des formes du terrain et les manifestations de la vie. Comme il n’y a plus de réseau de thalwegs aboutissant au niveau de base océanique, l’érosion travaille en fonction de niveaux de base locaux, dépourvus de stabilité. Les alluvions, qui ne sont pas évacuées vers la mer, empâtent le relief et sont souvent remaniées par les vents, constructeurs de dunes. L’action de ceux-ci est d’autant plus efficace que, par suite du manque d’eau, la couverture végétale et les sols sont trop réduits pour assurer une protection efficace contre les actions atmosphériques. Pauvres en végétation, les régions aréiques sont aussi très mal dotées en espèces animales, si bien qu’elles paraissent privées de vie et mériter le qualificatif de déserts qui leur est souvent appliqué.

L’extension des régions aréiques

La délimitation des régions aréiques prête à controverse, car il existe toute une série de formes de dégradation de l’hydrographie. Par convention, l’aréisme commence lorsque l’écoulement n’intervient qu’exceptionnellement, sans périodicité définie et pour de brèves périodes. Il faut cependant prendre garde de ne point faire entrer dans le domaine aréique les régions de roches perméables, principalement calcaires, dépourvues de drainage superficiel, mais dans lesquelles l’écoulement s’effectue pourtant vers la mer par voie souterraine. Par contre, une région où ne prend naissance aucune rivière, mais traversée par un fleuve venu de montagnes plus arrosées qu’elle, comme le Nil dans le désert libyque, doit être considérée comme aréique.

Ainsi définies, les régions aréiques occupent 28 millions de kilomètres carrés, soit 17 p. 100 de la surface des continents, 20 p. 100 si on laisse de côté les terres polaires, à la surface desquelles l’écoulement s’effectue sous forme de courants de glace. L’aréisme est pratiquement inconnu sur 25 degrés de latitude au voisinage de l’équateur, tout comme aux hautes latitudes, au-delà du 55e degré de latitude nord et du 50e degré de latitude sud. L’aréisme est donc, comme le montre la carte, une manifestation caractéristique des latitudes tropicales et, plus exceptionnellement, des latitudes tempérées méridionales.

Les causes de l’aréisme

Cette absence de drainage tient, avant tout, à des causes climatiques. L’élément décisif est l’insuffisance des précipitations. La circulation atmosphérique générale est la grande responsable de ce déficit des précipitations sur une portion notable du globe terrestre: en donnant naissance, aux latitudes subtropicales, à deux chapelets de cellules de hautes pressions, bien établies sur la moitié orientale des océans et la moitié occidentale des continents, elle y interdit toute ascendance et donc toute précipitation, si ce n’est lorsque les hautes pressions se déplacent, en suivant le soleil dans son mouvement saisonnier apparent.

L’action de ces cellules anticycloniques est renforcée chaque fois qu’un courant froid longe un littoral, comme c’est le cas au large de la côte pacifique de l’Amérique du Sud et de la côte atlantique de l’Afrique du Sud; l’air humide, abordant une terre plus chaude que l’étendue marine qu’il vient de parcourir, s’éloigne de son point de rosée, et la condensation demeure impossible. De même, une chaîne de montagne, interposée sur la trajectoire des vents marins, condense l’humidité sur son versant au vent et place les régions sous le vent sous un régime de sécheresse aggravée. L’éloignement marqué de la mer est responsable de la remontée des déserts tropicaux jusqu’au 55e degré de latitude nord, en Asie moyenne soviétique par exemple.

Les précipitations sont d’autant moins capables d’assurer un écoulement permanent qu’elles sont plus irrégulières. L’irrégularité est à son comble dans un domaine central: ainsi il n’est pas rare de compter cinq à dix années entièrement sèches consécutives dans le Sahara oriental; toute vie végétale y est impossible, et tout écoulement absent, du moins entre les averses, et il faut bien parler de désert vrai ou intégral. Mais, sur les marges de ce domaine hyper-aride, les pluies, bien que rares et brèves, se produisent toujours à la même saison, l’été sur la marge équatoriale, l’hiver sur la marge septentrionale; mais elles varient en importance d’une année à l’autre et sont toujours incapables d’alimenter les nappes aquifères du sous-sol.

Le régime anticyclonique semi-permanent que connaissent ces régions maintient un ciel sans nuage, un air très sec, où les obstacles opposés à la pénétration du rayonnement solaire sont rares. La radiation solaire globale atteint, ici, ses valeurs maximales: elle varie entre 160 kilocalories par centimètre carré et par an, sur les marges polaires du domaine aride, et 225 kilocalories par centimètre carré et par an, au cœur du domaine hyper-aride. Aussi tous ces déserts sont-ils chauds et connaissent, durant leur saison d’été tout au moins, les plus hautes températures enregistrées à la surface du globe.

Les amplitudes thermiques journalières sont assez fortes pour donner naissance à des vents locaux qui viennent prélever, à la surface du sol, l’eau que l’évaporation n’a pas encore eu le temps de soustraire. Ils renforcent l’action des vents secs alizés, qui balaient la plus grande partie des terres arides et qui ont un pouvoir évaporant considérable, accru quand les dénivellations topographiques leur donnent les caractères d’un fœhn (chergui, sirocco, afghanietz). Aussi l’évapotranspiration potentielle s’élève-t-elle à 2 500 mm par an et plus dans les vrais déserts, et à 1 500 mm sur les marges arides, ce qui excède de beaucoup les quantités précipitées ainsi que l’évaporation réelle.

L’hydrographie des régions aréiques

Que devient l’eau précipitée à la surface des déserts? Elle tend à donner naissance à un ruissellement superficiel, avec d’autant plus de facilité qu’elle tombe au cours d’averses plus violentes.

Le ruissellement s’établit d’autant plus aisément que le sol n’est pas protégé par la végétation: la pluie le frappe directement, arrachant les particules les plus fines mais tassant les autres et réduisant la perméabilité de surface. La nature même des sols accélère ce processus: minces, discontinus, ayant une mauvaise structure, ils ne peuvent absorber que de faibles quantités d’eau, d’autant que les sels qu’ils contiennent, les vernis ou les croûtes dont ils sont revêtus bloquent l’infiltration.

Cette vitesse de filtration dépend de la pente topographique et de la porosité du matériel, sol ou roche à nu, exposé à la pluie. Seuls les sables bien triés des massifs dunaires ont une porosité suffisante pour absorber l’eau déversée lors des averses les plus violentes, et les champs de dunes sont les régions aréiques par excellence. Sur toutes les autres roches, même recouvertes d’un sol, la porosité se révèle insuffisante pour éponger l’eau précipitée, dès lors que celle-ci tombe à une cadence de 0,5 mm par minute durant plus de 5 minutes. Or, tous les déserts du monde reçoivent, à intervalles plus ou moins longs, de telles précipitations, suivies de ruissellement. Ce dernier prend des formes multiples et s’étend, le plus souvent, à toute la surface de la région soumise à l’averse, qu’il recouvre d’une pellicule d’eau en mouvement, se concentrant parfois dans des chenaux temporaires. Au cours d’averses violentes, sur le piémont des massifs montagneux, au débouché des vallées principales ou au pied de hautes corniches, de véritables nappes s’avancent, en dessinant des lobes en mouvement vers l’aval à des vitesses variables. La pellicule d’eau en mouvement (sheet-flood ), dont l’épaisseur est toujours inférieure à 30 centimètres, est souvent chargée de débris fins, qui peuvent lui donner la consistance d’une coulée boueuse. Parfois, lorsque la roche est peu altérée et la pente faible, l’eau reste claire et s’écoule de manière laminaire (sheet-wash ). Mais, le plus souvent, l’écoulement s’effectue sous forme de filets instables, anastomosés, sensibles au moindre obstacle (rill-wash ). Sur les roches dures et homogènes peuvent ainsi se constituer des formes d’érosion particulières ayant l’aspect d’amples glacis en pente très faible (pédiment). Si la pente est assez forte, et en présence de matériaux meubles, les petites rigoles d’écoulement deviennent fixes et s’encaissent, découpant la région en un ensemble de collines décharnées.

La topographie régionale se prête, parfois, à la réunion de débits de plusieurs de ces ravins et à la formation d’un véritable cours d’eau, dont l’activité ne survivra que de quelques heures à la fin de la période pluvieuse. Le lit qu’il occupe, hérité souvent d’une ancienne rivière, établie lors d’une phase climatique plus humide, est fixe et se suit jusqu’à une plaine d’épandage terminale. Les crues qui le parcourent sont redoutables par leur brutalité, surtout si elles proviennent de massifs montagneux voisins. Ces cours d’eau, qui sont déjà des oueds, contribuent donc, de manière efficace, à l’érosion des régions qu’ils traversent, en dépit de la rareté des périodes d’écoulement.

aréisme nom masculin État d'une région aréique.

aréisme [aʀeism] n. m.
ÉTYM. D. i. (probablt v. 1930; → Aréique), de aréique.
Géogr. Absence de réseau hydrographique permanent.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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